Le Maroc cherche à briser le tabou ancestral sur la violence à l'égard des femmes, et la société civile comme le gouvernement incitent désormais les victimes à témoigner et tentent de les aider à se défendre.
Entre le 23 décembre, jour du lancement d'un numéro vert pour recueillir les appels de femmes en détresse, et le 5 janvier, les deux équipes de trois écoutantes ont répondu à 800 interlocutrices.
"La plupart des femmes se plaignent de la violence de leur mari", indique Hanane Ennadir, responsable des Affaires féminines au secrétariat d'Etat chargé de la Famille.
"L'agresseur est-il l'un de vos proches ? Quel type de violence vous a-t-il fait subir ? Où vous a-t-il agressé ?". Installées dans un local moderne dans un quartier aisé de la capitale, trois téléconseillères d'une trentaine d'année multiplient les questions et conseillent les personnes qui appellent de tout le royaume.
Le lancement de ce numéro d'appel a été précédé d'une campagne dans la presse, les radios et à la télévision, dans un pays où plus de la moitié des femmes sont analphabètes.
Licenciée en psychologie, Leïla, une écoutante de 33 ans, est surtout surprise par "l'immense besoin des femmes de raconter ce qu'elles endurent". "Quand elles commencent, rien ne peut plus les arrêter, comme si tout sortait d'un coup", assure-t-elle.
Ce numéro vert a été mis en place par le secrétariat d'Etat à la famille. L'objectif est d'écouter et d'assister les femmes en détresse, puis de les orienter vers l'un des cinquante centres mis en place par des associations.
Des femmes victimes de violence se sont par exemple adressées à l'Union de l'action féminine (UAF), à Rabat, après avoir appelé le numéro vert.
C'est le cas de Nadia, 26 ans, qui se plaint d'avoir été abusée sexuellement par l'homme avec lequel elle devait se marier. "Il m'a forcée à coucher avec lui avant de disparaître. Ayant perdu ma virginité, je ne trouverai plus de mari et je suis rejetée par ma famille", explique cette jeune femme en djellaba.
"J'espère que l'avocate du centre trouvera une solution. Peut-être peut-elle le forcer à m'épouser", déclare-t-elle désorientée à l'écoutante de l'UAF.
L'UAF et son réseau de centres, appelé Ennajda, accueillent une quarantaine de femmes par jour. "Elles viennent parler de toutes les formes de violence qu'elles subissent, qu'il s'agisse de brutalité, d'expulsion du domicile, d'humiliation", explique Fatima El Maghnaoui, responsable du réseau Ennajda.
"Nous militons pour que l'Etat s'implique d'avantage dans la lutte contre la violence à l'égard des femmes", explique Mme El Maghnaoui, qui a participé à la création du numéro vert.
Il n'existe pour le moment aucun chiffre pour quantifier l'ampleur du phénomène et le gouvernement ainsi que les associations veulent créer une base de données, recensant les cas de femmes battues.
"Avant la campagne de sensibilisation de 1998, l'Etat ne reconnaissait pas ce phénomène et la société civile luttait seule. Mais depuis, la situation a beaucoup évolué", ajoute-t-elle, citant la réforme en 2004 du Code de la famille, qui accorde plus de droits aux femmes.
"Les femmes témoignent de plus en plus. Nous avons réussi à briser le silence", se félicite Mme El Maghnaoui.
Selon Badia Nassiri, membre de l'Association démocratique des femmes marocaines (ADFM), il reste beaucoup à faire, notamment dans les campagnes où le poids de la société est plus lourd. "Les femmes parlent très peu de leur sort dans les régions reculées", assure-t-elle.
Elle cite par ailleurs un sondage réalisé par l'ADFM en 2000: Nous avons demandé à mille hommes et femmes s'ils étaient pour ou contre la violence conjugale. Une majorité a répondu "contre, sauf si la femme le mérite".
AFP
Entre le 23 décembre, jour du lancement d'un numéro vert pour recueillir les appels de femmes en détresse, et le 5 janvier, les deux équipes de trois écoutantes ont répondu à 800 interlocutrices.
"La plupart des femmes se plaignent de la violence de leur mari", indique Hanane Ennadir, responsable des Affaires féminines au secrétariat d'Etat chargé de la Famille.
"L'agresseur est-il l'un de vos proches ? Quel type de violence vous a-t-il fait subir ? Où vous a-t-il agressé ?". Installées dans un local moderne dans un quartier aisé de la capitale, trois téléconseillères d'une trentaine d'année multiplient les questions et conseillent les personnes qui appellent de tout le royaume.
Le lancement de ce numéro d'appel a été précédé d'une campagne dans la presse, les radios et à la télévision, dans un pays où plus de la moitié des femmes sont analphabètes.
Licenciée en psychologie, Leïla, une écoutante de 33 ans, est surtout surprise par "l'immense besoin des femmes de raconter ce qu'elles endurent". "Quand elles commencent, rien ne peut plus les arrêter, comme si tout sortait d'un coup", assure-t-elle.
Ce numéro vert a été mis en place par le secrétariat d'Etat à la famille. L'objectif est d'écouter et d'assister les femmes en détresse, puis de les orienter vers l'un des cinquante centres mis en place par des associations.
Des femmes victimes de violence se sont par exemple adressées à l'Union de l'action féminine (UAF), à Rabat, après avoir appelé le numéro vert.
C'est le cas de Nadia, 26 ans, qui se plaint d'avoir été abusée sexuellement par l'homme avec lequel elle devait se marier. "Il m'a forcée à coucher avec lui avant de disparaître. Ayant perdu ma virginité, je ne trouverai plus de mari et je suis rejetée par ma famille", explique cette jeune femme en djellaba.
"J'espère que l'avocate du centre trouvera une solution. Peut-être peut-elle le forcer à m'épouser", déclare-t-elle désorientée à l'écoutante de l'UAF.
L'UAF et son réseau de centres, appelé Ennajda, accueillent une quarantaine de femmes par jour. "Elles viennent parler de toutes les formes de violence qu'elles subissent, qu'il s'agisse de brutalité, d'expulsion du domicile, d'humiliation", explique Fatima El Maghnaoui, responsable du réseau Ennajda.
"Nous militons pour que l'Etat s'implique d'avantage dans la lutte contre la violence à l'égard des femmes", explique Mme El Maghnaoui, qui a participé à la création du numéro vert.
Il n'existe pour le moment aucun chiffre pour quantifier l'ampleur du phénomène et le gouvernement ainsi que les associations veulent créer une base de données, recensant les cas de femmes battues.
"Avant la campagne de sensibilisation de 1998, l'Etat ne reconnaissait pas ce phénomène et la société civile luttait seule. Mais depuis, la situation a beaucoup évolué", ajoute-t-elle, citant la réforme en 2004 du Code de la famille, qui accorde plus de droits aux femmes.
"Les femmes témoignent de plus en plus. Nous avons réussi à briser le silence", se félicite Mme El Maghnaoui.
Selon Badia Nassiri, membre de l'Association démocratique des femmes marocaines (ADFM), il reste beaucoup à faire, notamment dans les campagnes où le poids de la société est plus lourd. "Les femmes parlent très peu de leur sort dans les régions reculées", assure-t-elle.
Elle cite par ailleurs un sondage réalisé par l'ADFM en 2000: Nous avons demandé à mille hommes et femmes s'ils étaient pour ou contre la violence conjugale. Une majorité a répondu "contre, sauf si la femme le mérite".
AFP
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